Les bourses échaudées par un tour de vis de Pékin
Hong Kong (awp/afp) - A peine arrivée à la gare de Hong Kong, Mme Feng ouvrait un compte de trading d'actions dans une société de courtage, dans la foulée de nombreux investisseurs privés de Chine continentale espérant contourner le durcissement réglementaire de Pékin sur les sorties de capitaux.
Au nom de la "sécurité nationale", les autorités chinoises ont introduit en juillet des règles restreignant davantage les investissements à l'étranger, renforçant les limites imposées depuis mai aux investisseurs sur l'achat d'actions américaines.
Les régulateurs des marchés ont désormais classé le trading d'actions cotées hors de Chine continentale comme "illégal" et infligé des sanctions, dans l'espoir d'endiguer des sorties de capitaux record du pays ces dernières années.
Mais les investisseurs de Chine continentale affluent à Hong Kong, territoire chinois où la réglementation est plus souple, dans l'espoir de négocier des actions américaines... et de profiter de l'envolée de Wall Street alimentée par la fièvre autour de l'IA.
Arrivée par train de nuit depuis l'est de la Chine, Mme Feng - qui souhaite rester anonyme - , a ouvert trois comptes en une journée, expliquant à l'AFP qu'elle ne voulait pas manquer l'occasion d'investir dans des titres cotés aux Etats-Unis.
Wall Street, bien que volatile récemment, "reste une meilleure opportunité que le marché chinois", a-t-elle déclaré.
M. Tao, investisseur chevronné venu en avion depuis Shanghai, qui a aussi souhaité rester anonyme, explique à l'AFP avoir passé deux semaines à Hong Kong à ouvrir des comptes bancaires et de courtage pour continuer d'avoir accès aux actions américaines.
Répression
La Chine impose depuis longtemps à ses citoyens des contrôles stricts des changes afin de maîtriser la valeur du yuan.
Ces dernières années, les investisseurs de Chine continentale cherchent cependant à diversifier leurs placements, alors qu'une crise de la dette a durement frappé le secteur immobilier, longtemps considéré comme une valeur-refuge.
Signe du récent durcissement: Pékin a infligé en mai l'équivalent d'environ 290 millions d'euros d'amendes à trois grandes maisons de courtage, Futu, Tiger et Longbridge, leur reprochant d'avoir aidé des investisseurs à acheter des actions étrangères sans les licences requises.
Les autorités leur ont ordonné de supprimer d'ici deux ans leurs activités portant depuis la Chine sur des actions à l'étranger, promettant d'"éradiquer complètement" de telles opérations "illégales".
Environ 32 milliards de dollars d'actifs détenus par des investisseurs chinois à Hong Kong et à l'étranger sont négociés via ces trois courtiers.
Un employé de l'un d'eux a déclaré à l'AFP, sous couvert d'anonymat, que même si son entreprise avait déjà été sanctionnée en 2022, la sévérité de la récente répression reste sans précédent.
Néanmoins, selon lui, ces sanctions ne modifieront pas la croissance à long terme du courtier où il travaille, ce dernier ayant étendu et privilégié sa clientèle internationale par rapport à celle de Chine ces dernières années.
Investir dans des actifs américains depuis la Chine suppose généralement de passer par des canaux officiellement approuvés, en principe soumis à des plafonds et contrôles stricts des changes.
De quoi priver les investisseurs d'opportunités en leur interdisant l'accès aux nouvelles entreprises introduites en Bourse, se désole Iain Wu, designer habitant Shanghai et utilisant de longue date des plateformes de courtage.
Ces mesures traduisent "les efforts de la Chine pour contrôler la sortie des fonds et actifs de ses citoyens", analyse-t-il. "Je suis inquiet que la réglementation se durcisse davantage, par exemple en limitant le quota annuel d'investissement par personne".
"Zones grises"
En 2025, un montant estimé record de 807 milliards de dollars d'actifs est sorti de Chine, selon l'agence Bloomberg, citant l'Institute of International Finance.
Les sanctions de mai sont les mesures les plus sévères depuis longtemps pour colmater les brèches visant à contourner les contrôles de capitaux.
Une fois "ces soi-disant zones grises étouffées", les exigences pour certains canaux d'investissement légitimes pourraient être assouplies, observe Dick Kay, du cabinet Deloitte Chine.
Les investisseurs considèrent de plus en plus le risque réglementaire comme variable-clé pour les placements à l'étranger, complète Han Lin, du cabinet de conseil The Asia Group.
Les nouvelles règles, entrées en vigueur le 1er juillet et s'appliquant aux investisseurs individuels, rappellent que l'investissement à l'étranger doit se faire "aux conditions fixées par Pékin", déclare-t-elle à l'AFP.
Conséquence selon elle: "Les futures opérations à l'étranger se poursuivront, mais les autorisations favoriseront les secteurs stratégiques alignés sur les priorités nationales".
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